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Critique : Soli-Tutti – la force du chant a capella
Dès le début, quand l'ensemble a interprété la Habanera de l'opéra Carmen de Bizet, dans un arrangement de Jean-Philippe Dequin, la sonorité raffinée de Soli-Tutti a été évidente. Le directeur Gautheyrie réussit l'exploit de mélanger, en parfaite syntonie avec les possibilités du texte musical, un son parfaitement homogène et une sonorité riche en nuances, en explorant les particularités du timbre des douze chanteurs de l'ensemble.
De cette façon, les visions complémentaires de l'amour, évoquées dans les différents univers sonores du répertoire choisi, ont été explorées dans des nuances a priori improbables, à travers les richesses harmoniques révélées par Soli-Tutti. Du mysticisme présent dans les Cinq Rechants, composés en 1948 par Messiaen sur ses propres textes, pleins de références mythiques, à la simplicité des versions de Dequin de La vie en rose (d'Edith Piaf) et Ne me quitte pas (de Jacques Brel), ce qui s'est entendu a été un ensemble mûr, dont la vocalisation était en parfaite syntonie avec les intentions du programme.
Commandée par Soli-Tutti, l’œuvre Oscuro Amor d’Enrique Muñoz d’après les Sonetos del amor oscuro de Federico Garcia Lorca, a conclu le concert avec une intensité unique, parfois frappante. Alliant avec originalité divers éléments musicaux, de la musique atonale à la tradition andalouse, et une théâtralité violente, rendue possible par les textes de Lorca, Oscuro Amor avait aussi le renfort de deux chorégraphes danseurs : Francisco Velasco, avec une maîtrise absolue du flamenco et Gianni Joseph, qui auparavant avait enrichi de nouvelles dimensions la musique de Messiaen. Les possibilités multiples de l’œuvre de Muñoz ont permis à Soli-Tutti de démontrer sa grande maîtrise de la musique et de la scène avec une lecture vibrante, polyvalente et totalement captivante. (…)
(…) Ce gigantesque ensemble de symboles et niveaux de signification, additionné à la créativité exceptionnelle de Berio font de sa Sinfonia une oeuvre capitale. La difficulté terrible de l'oeuvre empêche sa programmation fréquente, puisqu'elle n'admet pas de versions médiocres. Ici toutes les précautions ont été prises pour obtenir une version définitive, si ce terme est applicable à une oeuvre dédiée à la liberté et donc basée sur la liberté d'expression et l'improvisation aléatoire.
Un triomphe pour Alejo Pérez, chef d’orchestre expert et inspiré, pour l’extraordinaire ensemble vocal Soli-Tutti venu spécialement de France pour l'occasion, pour l’Orchestre Symphonique National, pour le CEAMC (Centre d'études supérieures en musique contemporaine) et pour le Cycle de Concerts de Musique Contemporaine. (…)
(…) La Sinfonia de Berio que l'on a écoutée après l'entracte n'aurait pas pu être plus réussie. Pour cela, le chef Alejo Pérez a été décisif, sans doute le seul chef d’orchestre local capable de mettre en place un travail semblable, mais aussi le formidable octet vocal français Soli-Tutti, virtuose du chant et de la phonétique, comme l’exigent les innombrables citations verbales. Le deuxième mouvement, "O King" a été émouvant. Et dans le troisième, dans lequel le Scherzo de la Deuxième Symphonie de Mahler est le fil qui relie trois siècles de citations musicales, tout s’est entendu de façon transparente : le fil et les perles. Pour un moment, l’Orchestre Symphonique a été une caisse de résonance de l'histoire.
La Sinfonia de Luciano Berio a brillé dans le Cycle de Musique contemporaine du Théâtre San Martín.
(…) le remarquable groupe vocal français Soli-Tutti a été à la hauteur des antécédents. La superposition labyrinthique des citations, des plus érudites (Finnegans Wake de Joyce, The Unnamable de Beckett, Le cru et le cuit de Lévi-Strauss) aux plus profanes (leçons de solfège, graffitis) a trouvé dans leurs voix un instrument parfait. (…) L’orchestre Symphonique National, dirigé magistralement par Alejo Pérez, a construit une version de grande clarté, expressive et précise. L'empathie avec l'octet de voix amplifiées a été permanente et, malgré la sécheresse de l'acoustique de la salle Martin Coronado, l'interprétation a obtenu une puissance et une musicalité exceptionnelles.
L'ouverture du cycle de musique contemporaine du Théâtre San Martín ne pourrait pas avoir été plus audacieuse et plus solidement réalisée. Alejo Pérez a dirigé l’Orchestre Symphonique National dans deux oeuvres fondamentales de l'après-guerre : Atmosphères de György Ligeti et la Sinfonia de Luciano Berio (…) A cette occasion, l’Orchestre a travaillé en collaboration avec l'excellent ensemble français Soli-Tutti (…)
La partition, de toute beauté, est d’une grande originalité. Écrit pour un instrument unique, l’accordéon, auquel se rajoute de temps à autres une présence électronique, l’ouvrage repose en grande partie sur l’utilisation de la masse chorale issue de la fosse d’orchestre, et dont les subtiles harmonies traduisent la complexité des situations humaines montrées sur scène. Sur le plateau, un corps de ballet et un chœur mixte d’enfants se mêlent aux incarnations des solistes, complétées encore par la présente d’une récitante, à la fois extérieure et interne à l’action, dont la voix parlée ponctue la partie musicale. D’une grande variété rythmique, mélodique et harmonique, la partition s’inspire autant de la comédie musicale que de la musique celtique ou des madrigaux italiens, le mélange stylistique ainsi obtenu proposant ainsi un prolongement musical à l’entrecroisement dramatique des situations dépeintes sur scène. On aura rarement éprouvé autant de plaisir à la création d’un ouvrage lyrique contemporain.